ORLAN est inconsolable face à l’abominable état du monde actuel qui retourne à l’obscurantisme après l’espoir des Lumières et de l’état de droit. Elle observe avec effroi la prolifération des guerres, la montée des idéologies extrêmes – l’extrême droite, les formes renouvelées de totalitarisme, le masculinisme, la xénophobie… – le retour en force des dogmes religieux qui divisent, pactisent avec les gouvernements, fabriquent les guerres et les tabou sur les corps et les sexualités.
Les logiques de domination s’intensifient : la loi du plus fort s’impose, dictée par le pouvoir, la violence et l’argent, au détriment de toutes pensées humanistes.
ORLAN ne veut pas se contenter de constater. Elle considère que les artistes ont une responsabilité, doivent réagir et s’engager : ORLAN le fait avec son corps, sa voix, son image. Ici, elle crie, hurle, pleure — non pas dans une plainte résignée, mais dans une colère active, une colère politique. Cette rage devient matière artistique, moteur de création, geste de résistance.
ORLAN crée des autoportraits manifestes et casse les murs de glace entre les techniques artistiques traditionnelles — la peinture — et les nouvelles technologies dont l’intelligence artificielle générative retravaillée par des photomontages numériques. L’IA augmente la peinture ; la peinture augmente l’IA.
Ses interventions en peinture sont tantôt visibles, très visibles, très peu visibles, invisibles ou simplement représentées afin de solliciter une grande acuité du regard sur l’œuvre en filiation avec le principe d’équivalence de Robert Fillliou “ Bien fait, mal fait, pas fait”. Sa démarche incite le regardeur à scruter la matérialité de l’œuvre car il doit apprendre à distinguer l’image fabriquée par l’IA et celle fabriquée par l’humain, pour être capable de percevoir le sfumato entre peinture et représentation de la peinture que propose ORLAN.
Celle ou celui qui regarde se confronte parallèlement aux conflits qui habitent simultanément les œuvres et le monde. Le spectateur n’est plus seulement un “œil”, il dépasse sa passivité face à la belligérance contemporaine et reconnaît l’urgence d’une responsabilisation individuelle et collective.
ORLAN hybride les Problématiques Géométriques avec l’I.A. & l’I.A.A, 2025
ORLAN a commencé sa carrière par la peinture et la sculpture.
ORLAN a décidé de composer des œuvres abstraites géométriques (1971-1974) qu’elle a exécuté au pistolet sur laminé blanc avec des systèmes de réserves pour créer des œuvres extrêmement brillantes, laquées comme un miroir dans lequel le public se reflette.
En contrepoint à la pratique plastique de son époque, ORLAN voulait créer des représentations sans utiliser de pinceau, un outil si commun, si traditionnel, si utilisé par les hommes inscrivant le corps, le geste, la matière !
C’est de la peinture abstraite géométrique, industrielle, sans poil de pinceau, sans matière épaisse, sans la “belle main”. Il n’y a pas la moindre trace de corps, mais c’est tout de même le regardeur qui fini l’œuvre ! Lorsqu’il passe devant et observe la peinture, il peut en même temps s’apercevoir dedans.
Le corps est là, comme attrapé ; les spectateurs sont dans l’œuvre d’art !
L’œuvre d’art devient leur miroir mettant en scène physiquement dans l’œuvre la présence du spectateur.
En 2025, ORLAN réinterroge la peinture dans le contexte et les outils de création actuels. Elle s’empare du numérique pour imaginer de nouvelles manières de “peindre”.
L’IA générative lui permet de briser les barrières entre l’ancien et le nouveau, l’artisanat et les nouveaux médias.
Elle présente ces œuvres sur écran réfléchissant en reprenant son principe de faire intervenir le corps de “l’autre”.
En 1989 et 1992, ORLAN a reçu deux bourses du FIACRE et des Fonds d’Innovation Artistique et Culturel en Rhône-Alpes, pour partir en résidence à Chennai (ville à l’époque appelée Madras), en Inde. À l’occasion de son second voyage d’une durée de trois mois et demi, elle était accompagnée par Stephan Oriach, un réalisateur avec qui ORLAN avait collaboré dans le passé.
Son voyage en Inde s’inscrivait dans “le plan du film”, une série d’œuvres imaginée à partir de la lecture d’une citation de Jean-Luc Godard : « La seule grandeur de Montparnasse 19 de Jacques Becker est d’être non seulement un film à l’envers, mais en quelque sorte l’envers du cinéma. » Le concept était de prendre à la lettre Godard, de créer un film à l’envers, en commençant par l’affiche et la promotion avec la bande-annonce, letrilles, une bande son et une émission de télévision pour le lancement du long-métrage. ORLAN a fait appel à une agence de publicité, Publidécor, spécialisée dans les affiches de cinéma peintes des années 1950, avec qui ORLAN crée quatorze affiches peintes à partir de photos de l’artiste et de photos d’œuvres recyclées. Son intention à travers ces affiches peintes à la main, à l’acrylique sur des toiles de 3 m x 2 m, était de raconter sa vie dans l’art. ORLAN a fabriqué ces affiches en mettant en scène le nom de ses ami.e.s du milieu de l’art du moment, et un nom ou deux noms de vedettes du cinéma faisant croire à l’existence du film. Elle a également monté une fausse conférence de presse avec la complicité du réalisateur Bigas Luna et du commissaire d’exposition Lorand Hegyi à l’occasion d’une biennale de Valencia. Elle a convié de nombreux journalistes afin de leur parler d’un film qu’elle aurait tourné et qui n’existait pas réellement.
Il s’agit d’une série photographique dans laquelle ORLAN reprend et intègre des éléments de l’histoire de Peau d’âne dans des autoportraits. Peau d’âne est une princesse demandée en mariage par son père car celui-ci a promis à la reine, sa mère, de ne prendre pour épouse qu’une femme plus belle qu’elle, et Peau d’âne est la seule femme de cet acabit. Sa fille échappe au désir du père en s’habillant de la peau de l’âne.
Pour échapper au territoire du père, il faut changer de peau. ORLAN décide alors d’en expérimenter de nouvelles, multiples, dans une veine humoristique et distanciée. ORLAN est pour les identités mouvantes, mutantes, nomades, et non pas pour les identités fixes.
Dans cette série, ORLAN, chaque photo a un habit différent ainsi qu’un chapeau qui va du Képi à la Mitre en passant par la casquette et la tête de l’âne.
Comme beaucoup d’artistes, ORLAN a commencé sa carrière par la peinture. Elle ne voulait pas créer de choses mièvres et ne voulait pas utiliser de pinceau, un outil si commun, si traditionnel !
ORLAN peint avec un pistolet d’un garagiste à côté de chez elle. Elle l’avait convaincu de lui prêter, en dehors des heures d’ouverture, un espace pour travailler, hors poussière.
Elle a d’abord fait des recherches, des esquisses, des dessins, puis elle a composé des œuvres abstraites qu’elle a peintes au pistolet sur laminé blanc avec des systèmes de réserves.
La peinture s’infiltrait sous les morceaux de scotch, mais ORLAN a persévéré jusqu’à ce que le rendu soit parfait, pour créer des œuvres extrêmement brillantes, laquées comme un miroir dans lequel on peut se mirer. C’est de la peinture abstraite géométrique, comme industrielle, et il n’y a pas la moindre trace de corps, mais c’est tout de même le regardeur qui fait l’œuvre ! Lorsqu’il passe devant et observe la peinture, il peut en même temps se voir dedans. Le corps est là, les spectateurs sont dans l’œuvre d’art ! L’œuvre d’art est leur miroir.